février 25th, 2010
Les ravages du papier glacé
Dans les magazines féminins que je lisais adolescente, je me souviens qu’il y avait plein de conseils très cons sur la vie des filles. Sur comment être au top. Sur comment avoir tous les mecs à ses pieds. Sur comment être LA fille populaire du lycée, de la rue, du quartier, voire même de la ville entière,… Comme beaucoup, tous les mois (voire même parfois toutes les semaines) je lisais avec passion les différents numéros de ces torche culs qu’étaient Miss, Girl et autres. Les couvertures, souvent bâclées, laides et aguicheuses, arrivaient toujours à nous faire ouvrir nos pauvres petits porte monnaie de petites filles. A l’intérieur, on trouvait beaucoup de pubs (faut bien financer d’une manière ou d’une autre), des pages mode avec des fringues que personne n’aurait osé porter à l’époque (peut être dans les grandes villes, mais pas où j’habitais), et surtout des conseils sur l’amour, le cul, l’amour, le cul et puis l’amour aussi. On avait plus ou moins toujours droit aux mêmes sujets : la première fois, la contraception, la première fois, la contraception. Parfois, quelques sujets brûlants sur la bisexualité, l’avortement, le cocufiage. Et évidemment, on pouvait lire tout ce qu’on voulait sur comment paraître plus mince. Comment se maquiller quand on a les yeux verts. Comment s’habiller quand on a les hanches larges. Comment cacher un bouton sur le menton. Et j’en passe. Au final, avant même de lire le contenu, je pouvais dire ce qui allait se trouver dans l’article.
Moi, j’aimais particulièrement les pages où on nous conseillait pour trouver au mieux notre place dans la société. Comment il fallait faire pour repousser un mec trop moche (parce que les moches n’ont pas le droit d’être aimés, c’est vrai). Comme c’était bien d’avoir une meilleure amie grosse (car on était évidemment mise en valeur, où qu’on aille, tant qu’on était avec elle). Mais j’aimais encore plus la page consacrée au courrier des lectrices où on pouvait avoir pas mal de fous rires en lisant les bêtises que ces filles racontaient. Je me souviens notamment d’une fille qui gardait le même tampon depuis trois semaines parce qu’elle n’arrivait plus à l’enlever. De cette fille qui se demandait si elle pouvait être enceinte parce que son copain avait mis un peu de sperme sur son pantalon à elle. Et de celle qui se lamentait de n’avoir jamais eu de copain à 14ans, comme si c’était une putain de honte (alors qu’à 14ans, ma foi, c’est pas si grave). Je n’oublie pas les inévitables pages people avec ces vrais faux scoops qui se contredisaient d’un magasine à un autre. Tout un monde.
Ce qui est dommage avec ce genre de lectures c’est que, quand on est une jeune fille un peu fragile, sans trop d’assurance et malheureusement guidée par aucun principe, on peut vite se laisser berner par ce qu’on nous raconte… Ce qui revient finalement à se faire une fausse idée sur la vie, sur les mecs, sur tout ce qui nous entoure. On croit que pour être bien il faut faire ci ou ça, et pas ci ou ça. Dans ces magazines, on oublie de nous dire qu’il n’y a pas de voie privilégiée et qu’un choix est aussi bien qu’un autre. Moi j’appelle ça les ravages du papier glacé. Les ravages de ces pages qui tentent de fabriquer des salopes à la chaine, superficielles, branchées maquillage, qui veulent le même sac à mains que la starlette machin, qui veuille la même coupe, le même copain. Là dedans, on ne t’apprend pas à être quelqu’un de bien, on t’apprend à quelqu’un de beau. C’est déjà ça, c’est vrai.
Encore aujourd’hui, quand il m’arrive de jeter un œil dans Glamour, Cosmo ou même Elle, je ne me reconnais jamais dans ces filles auxquelles on s’adresse. Je ne sais pas, je ne dois pas avoir le bon profil. Je ne me reconnais pas dans les conseils mode, dans les conseils de vie sociale, dans les conseils sur ma vie amoureuse ou familiale. Encore moins quand il s’agit d’une éventuelle carrière professionnelle. Les filles qu’on interview dans ces soit disant micro trottoir sont toutes stylistes, artistes peintres, comédiennes, rédactrices en chef de je ne sais pas quoi et ne sont jamais imbaisables. Elles permettent de bien vendre, sans doute. Où sont les institutrices, les secrétaires, les caissières ? Sont-elles forcément mal habillées et n’ont-elles rien de spécial à raconter ? Sont-elles forcément d’un physique passable ? Et puis c’est vrai, quand je lis ces magasines, je me sens nulle, moche et totalement plouc, déconnectée. Je n’ai pas ce super sac à mains en cuir beige, mes chaussures n’ont pas des talons si grands et elles n’ont pas coûté aussi cher. Mes cheveux ne ressemblent à rien et je n’arrive jamais à en faire quelque chose de sympa, que je les coupe ou pas. Mes amis n’ont pas cette tête et mes copines, encore moins. Mon mec ne fait pas 1m90 comme celui de la meuf à la page 33. Je ne partirai pas au Canada cet été alors qu’il y a tout un dossier (des pages 28 à 32) pour me présenter les avantages d’une telle destination. Je ne connais pas cette chanteuse blonde à mèches bleues. Cet artiste peintre ne me dit rien qui vaille malgré son succès actuel. Et je n’habite pas Paris ou Cannes, donc il y a peu de chance que je mette les pieds dans ces boîtes branchées dont ils font l’apologie.
Bref, tout ça pour dire que j’aurais dû acheter Le Monde, ou au moins L’express, là au moins j’aurais compris de quoi on me parlait. Ou pas.